Le champ du possible

Un blog d’humeurs jardinières

Heureux les humbles…

Elles auront le jardin en héritage ! Les humbles au jardin, ce sont ces plantes qui passent, au mieux inaperçues car d’une décevante et apparente banalité, affligées d’un manque de panache et de spectaculaire. Au pire, elles sont l’objet de la fureur vengeresse du jardiner qui les traite de « mauvaises ». La chasse aux mauvaises herbes est une activité certes défoulante, mais chronophage et, il faut bien le dire, relativement inutile. On se pète le dos, on remplit des sacs qu’on amène à la déchetterie, et on recommence trois semaines plus tard. C’est un peu Sisyphe et son caillou, quoi !
En me promenant sur le site d’une  marque mondiale d’herbicides dont vous devinez le nom, j’ai trouvé 253 adventices (c’est le nom sérieux des mauvaises herbes) à éradiquer absolument, et bien sûr, avec tout ce qu’il faut de chimie pour le faire!

le célèbre rumex ou lampée

Je me suis aussi battue avec, mais avec les mains et les ampoules qui vont avec, la sarclette, le genou à terre, souvent découragée par l’arrivée de la petite pluie fine qui allait réduire mes efforts à néant.
Mais depuis, j’ai viré ma cuti et je veux ici rendre un hommage de convertie aux humbles herbes: je les trouve charmantes et surtout j’ai appris à les voir comme les vivants de mon jardin. Les  herbes dites « mauvaises » sont finalement bien plus persistantes que tous mes efforts, elles sont l’image de la nature triomphante (ce qui est assez rassurant, je trouve). Regardez comme elles percent le béton des villes, comme elle s’insinuent entre 2 trottoirs, colonisent les friches:  quelle soif de vivre!
Bon, si on ne peux pas les maîtriser alors autant vivre avec et leur trouver une utilité.

Un peu de  malherbologie : Elle sont bio-indicatrices, c’est à dire qu’elles nous renseignent sur la qualité de notre sol. Elles sont pionnières, c’est à dire qu’elles sont les premières à coloniser un terrain préparant ainsi l’arrivée de plantes plus exigeantes. Leurs racines amendent la terre et la rend plus souple et plus fertile. Elles produisent de la biomasse et peuvent même servir de paillis quand on prélève leurs parties aériennes. Il faut donc les couper régulièrement (sans les arracher) avant qu’elles ne se disséminent, car si l’on apprend à les tolérer voire à les aimer, il ne faut cependant pas leur laisser mener la valse, car alors, dans le jardin, on ne verra plus qu’elles! Le paillage dans le potager est aussi un bon moyen de modérer leurs ardeurs conquérantes. Leur noms sont charmants : oxalis corniculé, mouron des oiseaux, cardamine hérissée, bourse à pasteur, amarante réfléchie, mauve oubliée, torilis noueux, et j’en passe…

le mouron des oiseaux

Dans le fond, elles sont humbles par le regard que l’on porte sur elles, mais pas tant dans leur nature. On se souviendra au passage que le mot « humble » vient de « humilité » qui vient du mot latin « humus ». Même racine pour le mot « homme »… La boucle est bouclée.

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  1. Pascale

    Quelle jolie page de philosophie ! Ma Christine ajoutera un addendum sur les 7kg de pissenlit qu’elle a arrachés aujourd’hui et qui réveilleront son epicondylite. .

    • Christine

      En salade, c’est bon les pissenlits !! Mais, les pissenlits font de belles racines, certes, mais faut leur arracher la fleur juste avant la graine, sinon…par ailleurs ils signalent une terre très riche.

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