Catégorie : Les jardins que nous aimons Page 1 of 2

Aller aux jardins

Au début de l’hiver, écrire un papier sur l’art et la manière de visiter les jardins est un peu à contretemps… mais pourquoi ne pas prendre le temps de lever le nez du râteau à feuilles et préparer de somptueuses visites, la belle saison revenue?

Le tourisme des parcs et jardins, jardins botaniques, arboretum, conservatoires et collections est devenu un business non négligeable en terme de chiffre d’affaire. Les offices du tourisme misent aussi sur ces attractions pour attirer un public large, néophyte ou plus averti. De nombreux ouvrages consacrés exclusivement aux visites de jardins (soit un jardin en particulier ou une sélection régionale) sont publiés chaque année1. Mais à part pour trouver la verte fraîcheur au coeur des canicules, pourquoi aller visiter des jardins ? Plaisir des sens ? Connaissances botaniques ? Histoire et patrimoine ? Toilettes gratuites ? Idées à adapter chez soi ? Eblouissement esthétique ?Cafétéria et boutique souvent un peu chic ? Moment de sérénité dans un marathon touristique ? Promenade sensuelle ? De tout cela un peu, sûrement…

Et au fait, les jardins sont-ils fait pour être visités ? Question de prime abord un peu sotte mais, à bien y regarder, certains jardins, et même la plupart, n’ont pas été conçus comme des attractions publiques. Paradis privés au départ, ils sont entrés dans le patrimoine avec le temps (comme les propriétés “tombées” dans le domaine public, ainsi la majorité des parcs de châteaux ou d’abbayes, par exemple pour les plus connus en France, Versailles, Villandry ou l’abbaye de Fontenay). Certains sont suffisamment vastes et aérés et peuvent accueillir dans de bonnes conditions le public où il est possible, et même recommandé, de s’égayer (Powerscourt en Irlande, par exemple avec ses 18 hectares). D’autres lieux, je pense par exemple à Giverny ou Sissinghurst, sont des jardins intimes et ne tolèrent pas la ruée dont ils sont l’objet. Ici comme ailleurs, “l’overtourisme” est une plaie pour la conservation des jardins et pour les visiteurs (mais pas pour le tiroir-caisse!). Néanmoins, visiter Giverny est possible au printemps précoce ou en automne, à l’ouverture. Sinon, vous serez condamnés à être emporté par un flot de touristes asiatiques qui postent leurs photos en direct sur Instagram, précédés d’une guide énergique mais s’époumonant dans le vide. Vous finirez à l’inévitable boutique où peut-être, que dans un accès de naïveté touchante, vous achèterez des graines de fleurs produites à des centaines de kilomètres, assorties d’un kit de plantation venant de Chine, mais qui vous feront croire que vous allez transformer votre bout de jardin en un ineffable univers impressionniste.

L’art et la manière

Comment visiter un jardin ? Où regarder ? Comment regarder ? Faut-il connaître l’intention du concepteur et de ses successeurs ? Et d’abord, le jardin est-il “nature” ou “culture” ? Question de point de vue, mais il est clair que des exclamations comme “c’est beau!” ou “quel boulot d’entretien!” ne sont pas pertinentes pour apprécier un jardin. Il me semble important d’abord de comprendre de quel univers culturel le jardin est-il un artefact, (de plus un artefact en mouvement, selon les saisons et le temps qui passe). On s’en doute, visiter le jardin d’un temple zen au Japon n’a rien à voir avec la promenade dans Central Park! Selon le type de jardin que l’on visite, il est intéressant de se poser des questions comme : Quel est le concept général, l’intention, le style, l’époque, l’usage du jardin ? Dans quel contexte naturel/bâti/culturel/écosystémique, le jardin prend-il place ? Comment ses éléments ont-ils/vont-ils évoluer ? Quels sont les types de plantes utilisées? Comment les plantes sont-elles agencées ? Quels sont les éléments architecturaux présents? Quelles sont les lignes de force, les perspectives ? Quels effets l’eau, le vent et la lumière ont-ils sur le jardin?

Et comment se comporter dans un jardin ? Cela paraît évident, en le respectant ainsi que le travail des jardiniers, c’est à dire en cheminant sur les chemins balisés (bête à dire mais, que ne ferait-on pas pour une belle prise de vue?), en n’emportant aucune plante, ni bouture, ni même graine à moins d’en avoir l’autorisation !. Choisir la saison, voire l’heure de la journée pour jouir d’une belle lumière, est parfois difficile en voyage, et du coup, il ne faut ne pas hésiter à revenir dans les jardins aimés. Faire des croquis, photos, prendre des notes pour garder des idées, ou faire des recherches ultérieures peut être une bonne idée pour les jardiniers amateurs en quête d’inspiration et de techniques.

Et si vous avez la chance de visiter un jardin avec son propriétaire, gardez à l’esprit que c’est un peu de lui/elle-même que la personne vous offre, donc restez courtois, posez des questions (intelligentes si possible…), et appréciez, sans comparer avec votre propre jardin. Evitez aussi les commentaires du genre: “C’est quoi ces broussailles ? – Vous faites quelque chose ou ça pousse tout seul ?, – Ça je l’ai… et ça aussi je l’ai, – Moi aussi, j’en ai un, mais le mien est plus grand/beau, etc.”

Que visiter ?

Les plus beaux jardins sont, à mon sens, ceux qui expriment une idée, une ligne, un concept qui n’empêchent pas l’âme du jardin de se manifester. En nous promenant dans leurs allées, nous sommes les témoins d’une époque, d’une vision artistique, d’une ambition (de collection ou d’étalage de puissance, et en tous les cas d’une passion, parfois ruineuse). J’apprécie pour leur aspect marquant dans l’histoire des jardins, les grands jardins de châteaux, que l’Europe compte par dizaines, en particulier les jardins anglais et leurs perspectives picturales, souvent crées de toutes pièces. Les jardins à la française m’ennuient parfois par leur rigueur mais sont fascinants de maîtrise. Et certains jardins à l’italienne comme Boboli à Florence, malgré leur magnificence, me donnent l’impression de manger une pâtisserie un peu trop sucrée. Ce sont plutôt les jardins plus modestes dans leur taille, mais pas dans leurs ambitions créatrices qui m’attirent. Les jardins contemporains comme ceux de Gilles Clément (le parc André-Citroën à Paris ou le Rayol dans le Var), ou les buis incroyables de Marqueyssac en Dordogne (jardin du 18ème, mais cependant très moderne dans sa conception) ou encore le jardin Plume en Normandie rencontrent mes aspirations esthétiques. Le Domaine de la Bourdaisière (Indre et Loire) pour son potager et en particulier sa collection unique de tomates, me fait rêver. Les jardins de curés, potagers ou vergers anciens, jardins d’écrivains réveillent en moi la nostalgie de l’enfance et l’émerveillement devant la simplicité bien agencée.

Il y a des jardins pour chaque moment de la vie, celui pour se coucher au pied d’un arbre centenaire, celui pour rendre hommage à des arbres ou des plantes rares, celui pour apprendre, celui qui nous impressionne par sa majesté et sa grandeur, celui qui nous fait découvrir des perspectives inattendues, celui qui nous stupéfie en exprimant la collectionnite du propriétaire, celui que l’on visite en hiver, celui qui sert de décor aux photos de mariage, celui qui nous rend jaloux, celui qui sert de cadre à un pique-nique, celui qui nous révèle l’intime de son propriétaire. Je ne parle pas ici de certains jardins chichiteux, conçus par des designers pour de fortunés propriétaires, et qui ne font pas illusion bien longtemps. Rien qu’en France, 20’000 jardins sont inscrits à la liste française “des parcs et jardins protégés au titre des monuments historiques”. Le label “Jardin remarquable” rassemble 443 jardins de propriétaires primés pour leur intérêt esthétique ou botanique et qui sont ouverts au public au moins 50 jours par année. Pour les “voyageurs de jardins”, le Royaume-Uni, est une source inépuisable de découvertes, mais n’oublions pas les autres pays européens. Le Japon, les Etats-Unis, l’Asie continentale possèdent aussi de forts beaux parcs et jardins, bref, ce n’est pas le choix qui manque.

Alors on va aux jardins ?


Lectures complémentaires: Alessandro Natali: Guide des jardins remarquables, 55 parcs et jardins de Suisse romande et France voisine, éd. Nicolas Junod, 2017.

Louisa Jones : L’art de visiter un jardin, Actes Sud, 2008

Umberto Pasti/ Pierre Le-Tan : Jardins: les vrais et les autres, Flammarion, 2011

Alain Baraton : Dictionnaire amoureux des jardins, Plon 2012

  1. Les plus beaux parcs et jardins de France, publié par les Guides Michelin ou encore Jardins de jardiniers, publié par Phaidon, et qui offre une sélection mondiale[]

Hortus conclusus

Un jardin est clos, sinon ce n’est pas un jardin. Au Moyen-Age, si important pour l’histoire des jardins occidentaux, le jardin clos reflète une image paradisiaque ou encore celle de la vierge Marie dans le sens de l’espace pur et inviolé (et inviolable). Les jardins des cloîtres monastiques et jardins des simples sont toujours fermés et ordonnancés selon des règles bien établies. L’agencement y est strict, les plantes sont ordonnées et limités par des plates-bandes en plessis ou en bois, puis par des buis : L’Herbularius ou liste de Charlemagne (fin 8ème siècle) dresse la liste des plantes obligatoires dans un jardin, tandis que les livre d’heures comme les “Très riches heures du Duc de Berry” (15ème siècle) nous montrent les travaux agricoles.

Le jardin est donc d’abord un lieu fermé, protégé du monde et du regard extérieur, on pourrait presque dire un lieu pudique. Le Cantique des cantiques qui se déroule dans un jardin et désigne aussi la bien-aimée comme un jardin, dit : “Tu es toute belle mon amie, et il n’y a pas de taches en toi… Tu es un jardin clos, ma soeur, mon épouse, un jardin clos, une fontaine scellée” 4,7-12. Cette clôture est une allusion claire à la virginité de l’épouse. Puis: “J’entre dans mon jardin” au verset 5,1.: le jardin appartient à quelqu’un. Il n’est pas question ici de féminisme, mais de tradition spirituelle.

La clôture au jardin est sans doute fondamentale pour s’y sentir libre et en sécurité, comme les bras du parent sont nécéssaire à la consolation et à la croissance de l’enfant. La limite sert aussi de repoussoir à l’intrus, le mal, le violeur, le sauvage qui pourrait souiller le jardin. D’un point de vue esthétique aussi, les séparations structurent le paysage, lui donnent un rythme et apaisent le regard. Si, aujourd’hui, il nous semble naturel de délimiter la propriété, il n’en pas toujours été ainsi: Le mouvement des “Enclosures” en Angleterre au 16ème siècle a profondément changé le paysage agricole et social. Avant, les champs étaient ouverts et communs, cultivés par la communauté qui bénéficiait du droit d’usage. Sans cadastre, les terres ont été accaparées par les potentats locaux, ceintes de haies vives ou bocagères (qui bien sûr remplissent aussi de nombreuses fonctions environnementales) pour en matérialiser les frontières. De pauvres hères se sont révoltés contre la mainmise des riches sur les terres et l’appauvrissement des populations. Mais le mouvement des enclosures était inéluctable et annonciateur du capitalisme dans le sens de la possession de l’outil de production par un très petit nombre de personnes. Le droit de propriété est consacré dans la “Déclaration des droits de l’homme et du citoyen” lors de la Révolution française. Les théoriciens et les communautés anarchistes du 19ème siècle ont tenté, sans succès, un baroud d’honneur désespéré contre la notion de propriété.

Aujourd’hui, dans nos espaces pavillonnaires, le patrimoine immobilier est presque toujours clos par d’affreuses barrières en treillis métalliques, par des haies de tuyas, de laurelles aussi stériles qu’esthétiquement dégradantes, plus symboliques que réellement défensives. Il n’y manque que le mirador… J’ai déjà écrit là-dessus, je n’y reviens pas. Mais, ces enceintes assurent-elles aux propriétaires un sentiment de sécurité? ou la démonstration publique de son emprise sur son bout de territoire chèrement acquis ? Visent-t-elles à protéger de l’intrus ou à interdire la sortie à ceux qui vivent à l’intérieur de la forteresse ? On peut aussi y déceler la confiance (ou le manque de confiance) vis-à-vis de ses voisins et de l’environnement en général. Par ailleurs, ces clôtures étanches posent des problèmes de fragmentation écologique suivant leur imperméabilité au passage de la faune, par exemple.

A l’heure où les puissants de ce monde construisent des murs un peu partout sur la planète pour se protéger des “invasions barbares”, il apparaît que l’homme a bien du mal avec le non-fini, avec l’échange, avec le différent, ou l’indifférencié, avec enfin la liberté. Dans ce sens, la clôture marque la différence spatiale entre la fin de quelque chose (de connu) et le début d’autre chose (d’inconnu). On retrouve dans le mur le clivage Oui/Non si confortable à nos âmes occidentales. L’espoir cependant nous vient d’Allemagne, nation qui a une lourde histoire avec les barbelés, où l’on célèbre cette année le 30ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin. J’y vois une résistance rafraîchissante contre les murs, les frontières, contre tout ce qui nous sépare de nous-mêmes et des autres, quels qu’ils soient.

Plantons donc joyeusement des haies (vives de préférences) et franchissons-les pour aller saluer le vaste monde! Sachons aussi nous replier parfois dans notre (jardin) intérieur…

Note: l’illustration en tête de ce billet est due à un Maître du Haut-Rhin non-identifié et représente la Vierge au paradis, vers 1410.

Terre des femmes

A quelques jours de la grève des femmes suisses, il me semble opportun de parler un peu du rôle des femmes dans la production alimentaire de proximité. Dans nos contrées, il y a  encore quelques dizaines d’années, pas de maison de village, de ferme sans son jardin potager. Je me souviens de celui de ma grand-mère, tiré au cordeau, bordé de fleurs annuelles, qui assurait les légumes pour toute l’année. Je la revois biner, sarcler, faire la chasse aux limaces qu’elle lançait d’un geste alerte dans le poulailler. Les poules faisaient alors office de compost. Produire et conserver, était indispensable à l’équilibre économique familial. Bocaux de fruits et légumes stérilisés, bouteilles de sauce tomates, confitures,  remplissaient les étagères à la cave, avec les pommes et les pommes de terre de conservation. J’adorais cette odeur terreuse de cave… perspective de festins dominicaux sains et roboratifs! L’arrivée du grand congélateur-bahut au début des années 70, installé dans cette même cave, a été une sorte de rite de passage vers la modernité!

Aujourd’hui encore, le potager près de la ferme est, en général, géré par les femmes, qui maintenant, chose réjouissante, abandonnent les produits phytosanitaires et se mettent aussi à la permaculture. D’ailleurs, en Suisse, un tiers des personnes actives dans l’agriculture sont des femmes. Donc, hommage à elles!

Mais c’est dans les pays les plus vulnérables de la planète, que le rôle des femmes dans la production alimentaire de proximité est à souligner. Que se soit en Afrique ou en Amérique latine, la captation des terres par l’urbanisation galopante, l’insécurité économique, la diminution des ressources naturelles, la crise climatique sont des facteurs de développement de toutes sortes de projets au centre desquels se trouvent les femmes. Proposer des circuits courts, produire sa propre alimentation, acquérir des revenus complémentaires par la vente locale des produits, s’entraider  et se co-former entre femmes sont autant de  raisons du développement du maraîchage de proximité. Un maraîchage la plupart du temps biologique, consommant peu de terrain, grâce à l’utilisation optimale de petites parcelles marginales, souvent de manière collective. Parfois une petite activité associée de transformation de produit permet de régulariser les flux économiques sur l’année

Toutes sortes de pratiques et de projets adaptés aux contextes locaux, souvent innovants  sur le plan technique et social, favorisent la résilience  et l’autonomisation des femmes  dans des sociétés de plus en plus déstructurées par les crises politiques, environnementales, sanitaires et sociales.

Deux exemples en passant: sur des parcelles de 25m carrés, des femmes éthiopiennes séropositives cultivent fruits et légumes, ce qui leur donnent à la fois une meilleure santé pour elles et leurs enfants, et aussi leur permettent de retrouver une place sociale (c’est un projet accompagné par l’USAID).

A Nairobi, au Kenya, dans les zones très denses en population, il n’y a même pas la place de cultiver de tous petits lopins de terre, les femmes ont donc imaginé le potager en sac. Des sacs en plastique tissé, remplis de terre, avec, au centre des pierres pour réguler l’humidité, troués sur les côtés, permettent de produire des légumes devant la maison ou dans la cour. 

Micro-entrepreuneuriat, travail communautaire, pratiques agricoles ancestrales ou franchement novatrices, c’est comme ça que les femmes nourrissent le monde.

Du train au jardin…

Les voies ferrées curieusement ont un lien étroit avec les jardins. Je pense d’abord aux nombreuses parcelles cédées ou louées par la SNCF à ses employées. Créée en 1942, le Jardinot, d’abord réservé aux cheminots et depuis 2005 ouverte à tous, est l’association la plus importante en nombre de jardins familiaux ou jardins ouvriers. Avez-vous remarqué près des gares françaises, des parcelles, souvent en talus, cultivées sur 5-10 m. de largeur ? Pour améliorer un quotidien rude, les employés SNCF ont très tôt mis à profit ces parcelles ingrates. Aujourd’hui, les abords de nombreuses voies ferrées offrent des espaces de culture et convivialité. Jardinot se donne pour buts de transmettre à ses 45’000 adhérents le goût du jardinage éco-responsable, de la nature, le respect de l’environnement, le sens de l’amitié, de la solidarité en encourageant toutes les formes de jardinage. http://www.jardinot.org

Autre lien entre trains et jardins et loin du concept des parcs urbains, les jardins issus de la réhabilitation de voies de transports font florès dans les métropoles. Les territoires susceptibles d’accueillir de grands parcs ont été mangés par les constructions et il ne reste que peu de territoires à conquérir pour le vert en ville. Et pourtant, la qualité de vie des cités est aussi tributaire du contact possible avec la nature (je ne parle même pas ici de la lutte contre les îlots de chaleur). La première réhabilitation d’importance d’une voie ferrée en espace vert est la célèbre “Coulée verte René Dumont” à Paris qui suit le tracé de l’ancienne voie ferroviaire de Vincennes sur 4,7 kilomètres. Cet exemple a certainement inspiré les urbanistes et paysagistes de grandes cités qui ont à leur tour proposé des jardins qui permettent aux habitants et visiteurs de s’approprier de nouveaux paysages et espaces. De nombreux projets sont en cours de conception à Chicago, Saint-Louis, etc. Probablement, la plus fameuse réalisation, et certainement la plus ambitieuse est la High Line de New York:

New York : La High Line était autrefois une voie ferrée suspendue à 10 mètres permettant le transit des marchandises au-dessus du quartier de Chelsea et de la 10ème rue à l’époque si encombrée de calèches, chevaux, voitures qu’elle était surnommée la rue de la mort à cause des accidents et carambolages qui s’y produisaient. Avec le temps, le transit marchandises se fit par camion et la voie fut fermée en 1980… et oubliée jusqu’à la fin des années 90. Un collectif de riverains milita pour la conservation et la réhabilitation de ce patrimoine citadin. Depuis son inauguration en 2009, ce sont plus de 10 millions de personnes qui l’ont parcourue et ont découvert un jardin pensé pour la ville et répondant aux préoccupations sociales et environnementales.


La promenade propose une large sélection de plantes et fleurs, dont de nombreuses espèces indigènes des prairies américaines. Le plan et calendrier des floraisons est disponible sur le site internet de la High Line. Aucun pesticide n’est utilisé, préservant les nombreux oiseaux et insectes qui y ont élu domicile. Enfin, les lumières installées le long de la promenade sont des LED orientées vers le sol, afin de limiter la pollution lumineuse. En quelques années la High Line est devenu un must pour les touristes et les habitants qui peuvent y vivre des moments de détente et de contemplation ou d’y assister à des performances artistiques. http://www.thehighline.org

Jerusalem : Des chemins piétonniers, des pistes cyclables et un parc linéaire de 7 km de long relient entre eux sept quartiers arabes et israéliens de Jérusalem qui n’étaient plus connectés. Le Train Track Park a été construit entre 2010 et 2013 sur la voie ferrée désaffectée reliant Jaffa et Jérusalem. Jusqu’à une date récente, la zone où se trouve maintenant le parc était « la décharge de Jérusalem”, mais aujourd’hui, les habitants y voient une opportunité à la fois économique et de socialisation. Sur certains tronçons, des clôtures ont été installées, mais aujourd’hui la tendance est plutôt d’ouvrir des cafés et des lieux de convivialité comme des espaces de lecture ou d’expression artistique. On y pratique le vélo, le yoga et la sieste bien sûr ! Et la fraternité peut-être…

Sydney, en Australie, a converti la voie ferrée abandonnée de Darling Harbor en une piste réservée aux cyclistes et aux piétons qui a ouvert en 2015. Le parc partiellement suspendu porte le nom de Goods Line. Comme à New York, la voie ferrée avait été construite au 19ème siècle pour transporter des marchandises du pays (principalement de la laine, du blé et du charbon) jusqu’au port avant de les exporter partout dans le monde. Sur la Goods Line, on trouve des tables de ping-pong, une salle de gym en plein air, des espaces de travail, un amphithéâtre et une multitude de petits coins où l’on peut se relaxer.

Séoul enfin, où les habitants peuvent se promener dans un parc éblouissant qui surplombe la ville. Au lieu de démolir un échangeur désaffecté, les autorités de la ville ont décidé de le transformer en une promenade suspendue de près d’un kilomètre, bordée de plus de 24 000 plantes, fleurs et arbres. Les promeneurs peuvent se balader parmi des cafés-librairies, des stands de spectacles de marionnettes et des petits cafés. À la nuit tombée, le parc est illuminé en bleu grâce à un éclairage LED.

A travers ces exemples, on peut constater l’appétit des cités contemporaines pour le vert et la réhabilitation du patrimoine industriel ou des infrastructures de transports. La nature à reconquis de nouveaux terrains à même d’augmenter l’attractivité des villes et de proposer des espaces sociaux, artistiques et de biodiversité. On monte dans le train ?



Minuscule promenade

Le petit matin au jardin, faire quelques pas dans l’herbe ruisselante de gouttes de rosée, c’est goûter à la tranquillité de l’âme avant que le monde pétaradant ne (re)prenne le contrôle. Marcher pieds nus avec la lenteur d’une moine zen, au soleil rasant, en étant attentif au moindre changement: Tiens, la pivoine est sur le point d’éclore, encore un peu de patience! Ici, un animal est passé durant la nuit, les tulipes ont un peu souffert du froid et se réjouissent de sécher leurs corolles au soleil naissant. L’ancolie fragile se redresse. Les feuillages humides jouent de transparences tandis que oiseaux et insectes jouent leur symphonie dans l’air frais. Le matin est le meilleur moment du jardin de printemps et d’été, la lumière y est encore limpide et fraîche.

Je m’en tiens alors au constat temporaire: dans le jardin, l’équilibre n’est jamais stabilité. Mais lors de cette courte déambulation, le temps semble comme ralenti. Peu de choses échappent à l’oeil du jardinier pérégrinateur matinal.
On n’ose à peine penser à une intervention tant il ne semble rien manquer ici. Et pourtant, ce paysage est le fruit des “hasards” de la nature et de la compétence (ou la difficulté) d’adaptation à un contexte donné de la part  jardinier, en l’occurence de la jardinière…  L’inquiétude et l’impatience me poussent à ajuster ici, enlever là, couper ceci. Finalement, c’est moi, malgré ma modestie d’apprentie, l’élément volontairement pertubateur (ou créateur) dans ce système.

Le jardin est une nature domestiquée, le fruit de la collaboration entre la nature et l’homme, à l’image que celui-ci se fait d’un refuge ou d’un paradis matriciel retrouvé. A chacun le sien donc! Le hortus conclusus des monastères, représentation même du paradis, au centre duquel trône la Vierge Marie, le jardin arabe avec ses plans d’eau où se reflète la grandeur du ciel, le jardin de pierre ultra-maîtrisé du Japon, le jardin à la française démontrant la supériorité de l’homme sur la nature soumise, ceux de Gilles Clément ou de Gertrude Jekyll où s’épanouissent les vagabondes… Les courbes, les lignes, les structures, les associations et les couleurs sont là pour donner du sens à la création en mouvement perpétuel.

“Si la vie n’est qu’un passage, sur ce passage au moins, semons des fleurs” disait Montaigne. Il y a toujours quelque chose à être ou à faire (ou à ne pas faire) au jardin, et c’est ça, l’enseignement de notre minuscule promenade matutinale.

Mais, le soleil monte, il est temps  de se sécher les pieds et d’aller travailler.

Ainsi jardinait Zarathoustra

L’hiver et l’inactivité au jardin m’incite à prendre le temps de quelques modestes réflexions philosophiques. Epicure, Voltaire, Rousseau et bien d’autres (sur lesquels, peut-être, je reviendrai une fois…) ont écrit sur le jardin. En relisant « les consolations de la philosophie » d’Alain de Botton,  voici que, au milieu d’eux, surgit un promeneur inattendu dans le jardin : Nietzsche (1844-1900).

On a tendance à le voir nous plutôt en montagne qu’au jardin, gravissant le Piz Corvatsch au-dessus de Sils Maria, pour en faire une métaphore de l’effort, de la souffrance, pour s’arracher à la médiocrité et aller vers son accomplissement joyeux. Pour lui, toutes les vies sont difficiles et c’est la manière dont on affronte les difficultés (et pas comment on les évite) qui les rend réussies. Montaigne disait : Il faut apprendre à souffrir ce que l’on ne peut éviter, notre vie est composée comme l’harmonie du monde, de choses contraires, de divers tons. Nietzsche, dans sa tentative de consolation de ses semblables, estime que les difficultés sont une condition sine qua non de l’accomplissement personnel (et que les consolations faciles sont plus cruelles qu’utiles, en particulier l’alcool et la religion).

Dans « Ainsi parlait Zarathoustra », Nietzsche fait de multiples allusions au jardin: il est un paradis sur terre, dont rien n’est exclu, ni Sodome, ni Gomorrhe, ni la mort qui prend, dévore, qui rejette pour vivre et mourir encore. Et plus que cela, son jardin symbolise un lieu dédié à la vie et à la beauté dont l’homme devenu jardinier est le seul créateur et le seul resposable (M. Grygilewicz)

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Hommage aux maraîchers de Paris

Une ville à nourrir, c’est pas rien ! Fournir des légumes en primeur et hors-saison pour un million d’habitants, sans moyen d’importer la production des campagnes et provinces environnantes. Au milieu du 19ème, pas de trains routiers, pas de camions de 40 tonnes, pas de poivrons espagnols, de tomates marocaines, de concombres italiens. Il fallait produire à proximité.

Les techniques de maraîchage utilsées à cette époque étaient en symbiose avec l’environnement: imaginez la ville de Paris à cette époque (relisez Victor Hugo), le cheval est au centre de la vie économique et des tonnes de crottin sont produites… et pas perdues pour tout le monde: les maraîchers  en font grande consommation, leurs chevaux livraient à l’aube les légumes aux halles, et revenaient la charrette pleine de fumier, ce qui libérait les rues de tas de crottin susceptibles de contaminer l’eau et de transmettre des maladies.

Les maraîchers de Paris, dont l’habileté était déjà reconnue vers 1670 par Jean-Baptiste de La Quintinie, (voir mon précédent article) tirent leur nom de marais, terme qui désignait à l’époque les jardins aménagés sur des terrains bas, souvent anciennement marécageux, situés dans les villes ou aux alentours.

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L’inventaire à La Quintinie

Virtuose du potager, Jean-Baptiste de la Quintinie (1626-1688), vous connaissez ? Je l’ai, pour ma part découvert, en lisant les ouvrages d’Alain Baraton, jardinier du parc du Trianon et du château de Versailles, qui m’ont donné le désir de mieux connaître celui qu’il qualifie de plus grand jardinier de tous les temps.

JBQ (qu’il me pardonne cette familiarité) était destiné à devenir avocat, mais les mains dans la terre, il se découvre une passion et un talent qui ne cessera de cultiver. Au contraire des jardiniers célèbres  de cette période (Le Nôtre, Le Brun), c’est un modeste, un humble, qui entretient une relation de complicité et non de domination avec la nature. Il était aussi un génie expérimentateur et solitaire, un chercheur passionné et patient, qui pour garnir la table du Roi, parvient à faire pousser des asperges et des fraises juteuse au mois de décembre ! Un pédagogue aussi : Son ouvrage, que je tiens entre mes mains, l’Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, est une merveille de savoir encyclopédique, de poésie truculente  et d’observation fine. On y trouve  des informations essentielles et toujours d’actualité sur la manière de conduire en particulier les arbres fruitiers.  Une sorte de volonté encyclopédique, qui peut paraître parfois aride, en comparaison avec l’édition actuelle en matière de livres de jardinage (par exemple, Le jardin des paresseuses, Vite ! Un beau jardin, le potager pour les nuls etc.).

Je ne résiste pas à citer ici un extrait de sa préface adressée au Roi Soleil:

 » La nature, ce me semble, prend plaisir à ne rien refuser à Votre Majesté, et qui la regarde en effet comme le plus parfait de ses ouvrages, a sans doute réservé pour son auguste règne ce que la terre a caché à tous les siècles passés. Ce n’est qu’à force de sueurs que les hommes ordinaires arrachent du sein de cette mère commune ce qu’ils sont obligés de lui demander tous les jours pour leur subsistance, parce que sa plus forte inclinaison ne va qu’à produire des chardons et des épines; mais pour peu que Votre Majesté continue à favoriser de ses regards ceux qui ont l’honneur de la cultiver dans ses jardins, nous verrons, à la gloire de notre Monarque,  et à l’avantage du genre humain, que ce qui été inconnu à toute l’Antiquité, ne le sera plus pour personne »

Dans sa bible potagère,  (dont  tous les jardiniers pourraient -devraient ?- s’inspirer, en tous cas en se plaçant dans l’attitude de l’observateur attentif et méticuleux) JBQ dresse des listes descriptives  et évaluatives d’arbres fruitiers, en particulier de ceux qu’il a planté à Versailles. On y trouve aussi les outils et les termes propres au jardinage, d’une délicieuse désuétude, les instructions de culture pour toutes les saisons, un manuel de taille, le tout avec une volonté pédagogique évidente. Mais point de pommes de terre, ni de tomates, bien sûr! Quel dommage d’ailleurs, j’aurais adoré lire Jean-Baptiste sur ces sujets!

Inventaire à La Quintinie:

Les pommiers : Court-pendu, Cousinotte, Haute-Bonté, Pigeonnet, Rambour, Fenouillet, Drue-Permein, Pommes de Glace, Francatu…

Les poiriers: Virgoulé, Petit-Oin, Bon-Chrétien, Cuisse-Madame, Messire-Jean, Petit Blanquette, Cassolette, Sucré-Vert, Rousseline, Pendard, Satin Vert, Brute-Bonne, Or d’automne, Parfum d’été…

Et j’en passe…. Quand aujourd’hui, on a de la peine à trouver plus de 15 variétés de pommiers en Suisse, on peut se rendre compte de ce que l’on a perdu en biodiversité.
Jean-Baptiste devrait être le saint patron des jardiniers !

Et je fais ici la promesse de parcourir cet hiver les 1000 pages du Traité (réédité par Actes Sud en 2016).

En hiver, il ne reste qu’à rêver…

Et par exemple, en préparant la prochaine saison au jardin. Pour cela, catalogues de jardinerie et de producteurs de plantes sont le meilleur moyen.

En plus, aujourd’hui, je vous propose un petit voyage, à faire dès le printemps précoce ou plus tard. L’Allemagne n’est pas précisèment connue pour son art des jardins, mais, gardons nous des préjugés. Cet automne, à la faveur d’une escapade en Allemagne du Sud, nous avons découvert à  une heure de Bâle, à Salzburg (Bade Wuertemberg)  la jardinerie  Staudengärtnerei Gräfin Von Zeppelin.

La comtesse Helen von Zeppelin (1905-1995), nièce de l’inventeur du célèbre dirigeable, par passion fait des études de jardinage et se lance dans la culture des iris. En 1938, elle publie son premier catalogue, avec 87 sortes anciennes et nouvelles.

Aujourd’hui la jardinerie, qui en est à la troisième génération de femmes (la fille Cécily, puis Karin la petite-fille de la comtesse), compte 1400 occurrences d’iris. Mais ce n’est pas tout, 2500 vivaces, d’innombrables bulbeuses se déploient sur plus de 6 hectares, soignées par 40 collaborateurs. Le plus beau, c’est le design du jardin qui invite à la balade et… à la dépense bien sûr ! En marge du village, avec de grandes verrières et serres, un espace bouquinerie, un café, des espaces de repos à l’ombre de jolis arbustes, cette jardinerie poétique nous a  étonnées et ma foi beaucoup plu.

 Evidemment,nous n’avons pas pu résister à l’achat de quelques plants de pivoines, qui ont été arrosées dans le coffre de la voiture, pendant une semaine! Plantés aussitôt de retour à la maison, je pense qu’ils vont bien se développer… on vous redit !!

http://Www.graefin-von-zeppelin.de

La nature magnifiée : Jardins de Madère

De retour de l’île de Madère, je veux  partager avec vous, chers amis lecteurs, mes émerveillements.

Madère, île volcanique plantée en face du Maroc, nous dévoile une nature sauvage exhubérante de type subtropicale,  accrochée à des pentes improbables. Tous les verts sont dans la nature ! Forêts primaires riches de plusieurs espèces endémiques et notamment des lauriers qui font le bonheur des randonneurs et des botanistes . Le climat humide et tempéré de l’île et une terre riche en minéraux a bien sûr inspiré les jardiniers modestes comme ceux disposant de moyens conséquents. Parmi ceux-ci,  les jardins de la Quinta do Palheiro, sont remarquables. Situés à 500 mètre d’altitude, planant sur la baie de Funchal, ils bénéficient d’un climat frais et d’un arrosage naturel sous la forme de nappes de brouillard  presque quotidiennes (mais non permanentes, heureusement) à certaines saisons.

Son premier propriétaire a planté de nombreux arbres et initié une collection de camélias qui fait référence dans le monde. Fin 19ème, la propriété a été acquise par la suite par la famille Blandy, une des principales firme de production et de négoce du vin de Madère encore aujourd’hui. Les visiteurs peuvent découvrir sur une très belle propriété sur 70 hectares de nombreuses plantes indigènes, des arbres remarquables planté il y a plus de 200 ans et une architecture paysagère inspirée du jardin anglais qui utilise à merveille le relief doucement vallonné de la propriété pour créer des ambiances intimes et parfois grandioses. De très belles pelouses cadrent des mixed-borders permanents. Le jardin s’est donné également pour fonction la préservation de plantes rares. Bien que magnifique fin mai, c’est que nous l’avons visité,  la meilleure saison pour visiter la Quinta do Palheiro est certainement le tout début du printemps avant la fin de la floraison des camélias

Maison de thé, golf, et hôtels 5 étoiles complétent l’ensemble, mais ça c’est pour ceux qui ont les moyens….

 

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