Le champ du possible

Un blog d’humeurs jardinières

Du train au jardin…

Les voies ferrées curieusement ont un lien étroit avec les jardins. Je pense d’abord aux nombreuses parcelles cédées ou louées par la SNCF à ses employées. Créée en 1942, le Jardinot, d’abord réservé aux cheminots et depuis 2005 ouverte à tous, est l’association la plus importante en nombre de jardins familiaux ou jardins ouvriers. Avez-vous remarqué près des gares françaises, des parcelles, souvent en talus, cultivées sur 5-10 m. de largeur ? Pour améliorer un quotidien rude, les employés SNCF ont très tôt mis à profit ces parcelles ingrates. Aujourd’hui, les abords de nombreuses voies ferrées offrent des espaces de culture et convivialité. Jardinot se donne pour buts de transmettre à ses 45’000 adhérents le goût du jardinage éco-responsable, de la nature, le respect de l’environnement, le sens de l’amitié, de la solidarité en encourageant toutes les formes de jardinage. http://www.jardinot.org

Autre lien entre trains et jardins et loin du concept des parcs urbains, les jardins issus de la réhabilitation de voies de transports font florès dans les métropoles. Les territoires susceptibles d’accueillir de grands parcs ont été mangés par les constructions et il ne reste que peu de territoires à conquérir pour le vert en ville. Et pourtant, la qualité de vie des cités est aussi tributaire du contact possible avec la nature (je ne parle même pas ici de la lutte contre les îlots de chaleur). La première réhabilitation d’importance d’une voie ferrée en espace vert est la célèbre « Coulée verte René Dumont » à Paris qui suit le tracé de l’ancienne voie ferroviaire de Vincennes sur 4,7 kilomètres. Cet exemple a certainement inspiré les urbanistes et paysagistes de grandes cités qui ont à leur tour proposé des jardins qui permettent aux habitants et visiteurs de s’approprier de nouveaux paysages et espaces. De nombreux projets sont en cours de conception à Chicago, Saint-Louis, etc. Probablement, la plus fameuse réalisation, et certainement la plus ambitieuse est la High Line de New York:

New York : La High Line était autrefois une voie ferrée suspendue à 10 mètres permettant le transit des marchandises au-dessus du quartier de Chelsea et de la 10ème rue à l’époque si encombrée de calèches, chevaux, voitures qu’elle était surnommée la rue de la mort à cause des accidents et carambolages qui s’y produisaient. Avec le temps, le transit marchandises se fit par camion et la voie fut fermée en 1980… et oubliée jusqu’à la fin des années 90. Un collectif de riverains milita pour la conservation et la réhabilitation de ce patrimoine citadin. Depuis son inauguration en 2009, ce sont plus de 10 millions de personnes qui l’ont parcourue et ont découvert un jardin pensé pour la ville et répondant aux préoccupations sociales et environnementales.


La promenade propose une large sélection de plantes et fleurs, dont de nombreuses espèces indigènes des prairies américaines. Le plan et calendrier des floraisons est disponible sur le site internet de la High Line. Aucun pesticide n’est utilisé, préservant les nombreux oiseaux et insectes qui y ont élu domicile. Enfin, les lumières installées le long de la promenade sont des LED orientées vers le sol, afin de limiter la pollution lumineuse. En quelques années la High Line est devenu un must pour les touristes et les habitants qui peuvent y vivre des moments de détente et de contemplation ou d’y assister à des performances artistiques. http://www.thehighline.org

Jerusalem : Des chemins piétonniers, des pistes cyclables et un parc linéaire de 7 km de long relient entre eux sept quartiers arabes et israéliens de Jérusalem qui n’étaient plus connectés. Le Train Track Park a été construit entre 2010 et 2013 sur la voie ferrée désaffectée reliant Jaffa et Jérusalem. Jusqu’à une date récente, la zone où se trouve maintenant le parc était « la décharge de Jérusalem », mais aujourd’hui, les habitants y voient une opportunité à la fois économique et de socialisation. Sur certains tronçons, des clôtures ont été installées, mais aujourd’hui la tendance est plutôt d’ouvrir des cafés et des lieux de convivialité comme des espaces de lecture ou d’expression artistique. On y pratique le vélo, le yoga et la sieste bien sûr ! Et la fraternité peut-être…

Sydney, en Australie, a converti la voie ferrée abandonnée de Darling Harbor en une piste réservée aux cyclistes et aux piétons qui a ouvert en 2015. Le parc partiellement suspendu porte le nom de Goods Line. Comme à New York, la voie ferrée avait été construite au 19ème siècle pour transporter des marchandises du pays (principalement de la laine, du blé et du charbon) jusqu’au port avant de les exporter partout dans le monde. Sur la Goods Line, on trouve des tables de ping-pong, une salle de gym en plein air, des espaces de travail, un amphithéâtre et une multitude de petits coins où l’on peut se relaxer.

Séoul enfin, où les habitants peuvent se promener dans un parc éblouissant qui surplombe la ville. Au lieu de démolir un échangeur désaffecté, les autorités de la ville ont décidé de le transformer en une promenade suspendue de près d’un kilomètre, bordée de plus de 24 000 plantes, fleurs et arbres. Les promeneurs peuvent se balader parmi des cafés-librairies, des stands de spectacles de marionnettes et des petits cafés. À la nuit tombée, le parc est illuminé en bleu grâce à un éclairage LED.

A travers ces exemples, on peut constater l’appétit des cités contemporaines pour le vert et la réhabilitation du patrimoine industriel ou des infrastructures de transports. La nature à reconquis de nouveaux terrains à même d’augmenter l’attractivité des villes et de proposer des espaces sociaux, artistiques et de biodiversité. On monte dans le train ?



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  1. Corinne

    Merci pour ce partage qui me donne envie d’approfondir l’histoire des jardins ferrés!
    Continue de nous faire partager tes magnifiques découvertes jardinesques.

    Tes articles « prise de conscience » sont également superbes et utiles car même si cela tombe maintenant sous le sens, nous avons grandi avec une toute autre culture

    • Christine

      Merci pour ton commentaire : Oui, entre passé-présent et avenir, la marche est parfois difficile à franchir!

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